
Pour comprendre la persistance de la langue italienne en Érythrée, il faut d’abord accepter que certaines présences historiques ne se mesurent ni à leur durée officielle ni à leur reconnaissance institutionnelle. Elles se mesurent à ce qu’elles laissent dans la vie quotidienne, dans les mots, dans les villes, dans les mémoires.
La présence italienne en Érythrée appartient à cette catégorie d’histoires qui ne s’effacent pas, parce qu’elles ont été vécues intensément, humainement, profondément.
L’Érythrée, première colonie de l’Italie unifiée
Lorsque l’Italie fait de l’Érythrée sa colonie en 1890, elle est une nation jeune, encore en quête d’identité et de reconnaissance internationale. L’aventure coloniale répond autant à une ambition géopolitique qu’à un besoin intérieur : celui d’exister comme grande nation moderne.
L’Érythrée devient alors un territoire d’implantation durable. Contrairement à d’autres colonies exploitées à distance, l’Italie y installe :
Des milliers d’Italiens s’y établissent : ouvriers, artisans, ingénieurs, commerçants, architectes, médecins. Ils vivent sur place, parfois sur plusieurs générations. Une société urbaine se construit, notamment à Asmara, qui devient rapidement le cœur battant de cette présence.
Asmara : une ville pensée comme un manifeste
Sous Mussolini, Asmara est transformée en vitrine idéologique et architecturale. La ville devient un laboratoire du rationalisme italien et du futurisme : lignes pures, béton armé, cinémas, théâtres, cafés, garages, stations-service, immeubles administratifs.
Mais au-delà de l’idéologie, Asmara devient une ville habitée, traversée par des vies, des relations, des habitudes. On y travaille, on y boit le café, on y parle, on y échange. L’urbanisme italien façonne non seulement l’espace, mais aussi le rythme de la vie quotidienne.
Ce n’est pas un hasard si Asmara est aujourd’hui classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. La ville est restée presque intacte, comme si le temps s’y était arrêté, conservant les traces visibles d’une époque révolue mais jamais effacée.
La langue italienne : de l’administration à la mémoire
Pendant la période coloniale, l’italien est la langue du pouvoir, de l’école, de l’administration, du commerce. Il cohabite avec le tigrinya et l’arabe, dans un contexte évidemment marqué par des rapports de domination et de ségrégation.
Après 1941, puis avec la fin définitive de la présence italienne, l’italien perd toute fonction officielle. Il disparaît progressivement des institutions. Mais il ne disparaît pas de la société.
Il reste :
De nombreux termes italiens s’intègrent durablement au tigrinya, notamment dans les domaines liés à la modernité apportée à l’époque : transports, mécanique, urbanisme, restauration, vie urbaine.
Ce n’est plus une langue imposée, mais une langue appropriée, transformée, adaptée.
L’italien devient alors une langue de transmission informelle, un héritage sonore, parfois inconscient, mais bien réel.
Une mémoire complexe, ni niée ni idéalisée
Il serait malhonnête de regarder cette histoire avec nostalgie ou complaisance. La colonisation italienne fut aussi une histoire de domination, d’inégalités, de hiérarchies imposées, et l’idéologie fasciste a profondément marqué cette période.
Mais il serait tout aussi réducteur de vouloir effacer cette histoire au nom de ses seules fautes. Les peuples ne se résument jamais aux régimes politiques qui les gouvernent.
Entre Italiens et Érythréens, il y eut aussi des relations humaines, du travail partagé, des apprentissages, des gestes communs, une vie quotidienne faite de proximité et de coexistence.
La persistance de la langue italienne en Érythrée en est la preuve la plus tangible. Une langue ne survit pas par décret. Elle survit parce qu’elle a été vécue, parce qu’elle a servi à dire le monde, à travailler, à se rencontrer.
La langue comme archive vivante
Aujourd’hui, l’italien en Érythrée n’est plus une langue de pouvoir.
Il est devenu une archive vivante, inscrite dans les voix des anciens, dans les cafés d’Asmara, dans les enseignes, dans les habitudes, dans les mots que l’on continue d’utiliser sans toujours savoir d’où ils viennent.
Il nous rappelle que l’Histoire ne se ferme jamais totalement. Elle laisse des traces, parfois silencieuses, parfois visibles, mais toujours signifiantes.
À l’heure où les questions de mémoire, d’émigration, d’identité et de transmission traversent nos sociétés, l’exemple de l’Érythrée nous enseigne une chose essentielle : ce sont les langues, plus que les discours, qui racontent ce que les hommes ont réellement partagé.
L’italien en Érythrée ne demande ni célébration ni condamnation simpliste.
Il demande compréhension.
Car tant qu’une langue continue d’exister quelque part, même à voix basse, c’est qu’une histoire humaine continue de vivre.
Georges Orazio Spido,
Président de l’Alliance Italienne Universelle
🇮🇹 L’identité italienne vit aussi grâce à toi.
👉 Adhère à l’Alliance italienne universelle

Per comprendere la persistenza della lingua italiana in Eritrea, occorre anzitutto accettare che alcune presenze storiche non si misurano né dalla loro durata ufficiale né dal loro riconoscimento istituzionale. Si misurano da ciò che lasciano nella vita quotidiana, nelle parole, nelle città, nelle memorie.
La presenza italiana in Eritrea appartiene a quella categoria di storie che non si cancellano, perché sono state vissute intensamente, umanamente, profondamente.
Quando l’Italia fece dell’Eritrea una propria colonia nel 1890, era una nazione giovane, ancora alla ricerca di identità e di riconoscimento internazionale. L’avventura coloniale rispondeva tanto a un’ambizione geopolitica quanto a un’esigenza interiore: quella di affermarsi come grande nazione moderna.
L’Eritrea divenne allora un territorio di insediamento duraturo. A differenza di altre colonie sfruttate a distanza, l’Italia vi installò:
• infrastrutture,
• porti e strade,
• officine e fabbriche,
• quartieri residenziali,
• un’amministrazione completa.
Migliaia di Italiani vi si stabilirono: operai, artigiani, ingegneri, commercianti, architetti, medici. Vi vissero sul posto, talvolta per più generazioni. Una società urbana si costruì, in particolare ad Asmara, che divenne rapidamente il cuore pulsante di questa presenza.
Sotto Mussolini, Asmara fu trasformata in una vetrina ideologica e architettonica. La città divenne un laboratorio del razionalismo italiano e del futurismo: linee pure, cemento armato, cinema, teatri, caffè, garage, stazioni di servizio, edifici amministrativi.
Ma al di là dell’ideologia, Asmara divenne una città vissuta, attraversata da vite, relazioni, abitudini. Vi si lavorava, si beveva il caffè, si parlava, si scambiavano idee. L’urbanistica italiana modellò non solo lo spazio, ma anche il ritmo della vita quotidiana.
Non è un caso che Asmara sia oggi iscritta nella lista del patrimonio mondiale dell’UNESCO. La città è rimasta quasi intatta, come se il tempo vi si fosse fermato, conservando le tracce visibili di un’epoca trascorsa ma mai del tutto cancellata.
Durante il periodo coloniale, l’italiano fu la lingua del potere, della scuola, dell’amministrazione, del commercio. Conviveva con il tigrino e l’arabo, in un contesto segnato, naturalmente, da rapporti di dominazione e di segregazione.
Dopo il 1941, e poi con la fine definitiva della presenza italiana, l’italiano perse ogni funzione ufficiale. Scomparve progressivamente dalle istituzioni. Ma non scomparve dalla società.
Rimase:
• nelle famiglie,
• nei quartieri,
• nei mestieri,
• nelle parole della vita quotidiana.
Numerosi termini italiani si integrarono stabilmente nel tigrino, soprattutto nei settori legati alla modernità introdotta in quell’epoca: trasporti, meccanica, urbanistica, ristorazione, vita urbana.
Non era più una lingua imposta, ma una lingua appropriata, trasformata, adattata.
L’italiano divenne così una lingua di trasmissione informale, un’eredità sonora, talvolta inconscia, ma ben reale.
Sarebbe disonesto guardare questa storia con nostalgia o compiacenza. La colonizzazione italiana fu anche una storia di dominazione, di disuguaglianze, di gerarchie imposte, e l’ideologia fascista segnò profondamente quel periodo.
Ma sarebbe altrettanto riduttivo voler cancellare questa storia in nome dei suoi soli errori. I popoli non si riducono mai ai regimi politici che li governano.
Tra Italiani ed Eritrei vi furono anche relazioni umane, lavoro condiviso, apprendimenti reciproci, gesti comuni, una vita quotidiana fatta di prossimità e coesistenza.
La persistenza della lingua italiana in Eritrea ne è la prova più tangibile. Una lingua non sopravvive per decreto. Sopravvive perché è stata vissuta, perché è servita a dire il mondo, a lavorare, a incontrarsi.
Oggi, l’italiano in Eritrea non è più una lingua di potere.
È diventato un archivio vivente, inciso nelle voci degli anziani, nei caffè di Asmara, nelle insegne, nelle abitudini, nelle parole che si continuano a usare senza sempre sapere da dove provengano.
Ci ricorda che la Storia non si chiude mai completamente. Lascia tracce, talvolta silenziose, talvolta visibili, ma sempre significative.
In un’epoca in cui le questioni di memoria, emigrazione, identità e trasmissione attraversano le nostre società, l’esempio dell’Eritrea ci insegna una cosa essenziale: sono le lingue, più dei discorsi, a raccontare ciò che gli uomini hanno realmente condiviso.
L’italiano in Eritrea non chiede né celebrazione né condanna semplicistica.
Chiede comprensione.
Perché finché una lingua continua a esistere da qualche parte, anche a voce bassa, significa che una storia umana continua a vivere.
Georges Orazio Spido
Presidente dell’Alleanza Italiana Universale
🇮🇹 L’identità italiana vive anche grazie a te.
👉 Aderisci all’Alleanza Italiana Universale

To understand the persistence of the Italian language in Eritrea, one must first accept that certain historical presences are not measured by their official duration or institutional recognition. They are measured by what they leave behind in everyday life, in words, in cities, in memories.
The Italian presence in Eritrea belongs to that category of histories that do not simply fade away, because they were lived intensely, humanly, and deeply.
When Italy made Eritrea its colony in 1890, it was a young nation still searching for identity and international recognition. The colonial venture responded as much to geopolitical ambition as to an internal need: the desire to assert itself as a modern great nation.
Eritrea thus became a territory of lasting settlement. Unlike other colonies exploited from afar, Italy established there:
• infrastructure,
• ports and roads,
• workshops and factories,
• residential districts,
• a complete administrative system.
Thousands of Italians settled there: workers, artisans, engineers, merchants, architects, doctors. They lived on site, sometimes for several generations. An urban society developed, particularly in Asmara, which quickly became the beating heart of this presence.
Under Mussolini, Asmara was transformed into an ideological and architectural showcase. The city became a laboratory of Italian rationalism and futurism: clean lines, reinforced concrete, cinemas, theaters, cafés, garages, gas stations, administrative buildings.
But beyond ideology, Asmara became a lived city, shaped by lives, relationships, and habits. People worked there, drank coffee, spoke, exchanged ideas. Italian urban planning shaped not only space, but also the rhythm of daily life.
It is no coincidence that Asmara is now listed as a UNESCO World Heritage site. The city has remained almost intact, as if time had paused there, preserving the visible traces of an era that has passed but has never been entirely erased.
During the colonial period, Italian was the language of power, of schools, administration, and commerce. It coexisted with Tigrinya and Arabic in a context clearly marked by relations of domination and segregation.
After 1941, and later with the definitive end of the Italian presence, Italian lost all official function. It gradually disappeared from institutions. But it did not disappear from society.
It remained:
• in families,
• in neighborhoods,
• in trades and professions,
• in the words of everyday life.
Many Italian terms became permanently integrated into Tigrinya, particularly in fields connected to the modernity introduced at the time: transportation, mechanics, urban planning, catering, urban life.
It was no longer an imposed language, but an appropriated one—transformed, adapted.
Italian thus became a language of informal transmission, a sonic inheritance, sometimes unconscious but very real.
It would be dishonest to look at this history with nostalgia or complacency. Italian colonization was also a story of domination, inequality, imposed hierarchies, and fascist ideology deeply marked that period.
But it would be equally reductive to attempt to erase this history solely because of its faults. Peoples are never reducible to the political regimes that govern them.
Between Italians and Eritreans, there were also human relationships, shared work, mutual learning, common gestures, and a daily life marked by proximity and coexistence.
The persistence of the Italian language in Eritrea is the most tangible proof of this. A language does not survive by decree. It survives because it was lived—because it was used to describe the world, to work, to meet one another.
Today, Italian in Eritrea is no longer a language of power.
It has become a living archive, inscribed in the voices of the elderly, in the cafés of Asmara, in shop signs, in habits, in the words people continue to use without always knowing where they come from.
It reminds us that History never closes completely. It leaves traces—sometimes silent, sometimes visible, but always meaningful.
At a time when questions of memory, migration, identity, and transmission run through our societies, the example of Eritrea teaches us something essential: languages, more than speeches, tell the story of what people have truly shared.
Italian in Eritrea calls neither for celebration nor for simplistic condemnation.
It calls for understanding.
For as long as a language continues to exist somewhere—even in a quiet voice—a human story continues to live.
Georges Orazio Spido,
President of the Universal Italian Alliance
🇮🇹 Italian identity lives on thanks to you.
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