AccueilNotre blogEditorial 53

Editorial 53

La Goulette, ou lorsque la Méditerranée avait deux rives mais un seul cœur

Il existe des lieux où l’Histoire semble avoir choisi de concentrer toute la richesse du destin humain. La Goulette est de ceux-là. Modeste port situé à quelques kilomètres de Tunis, elle fut pourtant, pendant près d’un siècle, l’un des plus fascinants laboratoires de la Méditerranée moderne. Bien avant que les historiens ne parlent de mondialisation, d’intégration culturelle ou de sociétés multiculturelles, cette petite cité portuaire démontrait déjà que les peuples peuvent construire ensemble sans renoncer à leur identité.

Aujourd’hui encore, les promeneurs qui longent le vieux port ou parcourent les ruelles de La Goulette perçoivent quelque chose d’indéfinissable. Les façades, les balcons en fer forgé, les anciennes maisons de pêcheurs, les cafés ouverts sur la mer, les odeurs mêlées de poisson, d’huile d’olive et de jasmin semblent raconter une histoire silencieuse. Celle d’une ville qui, durant plusieurs générations, fit de la Méditerranée non pas une frontière, mais une avenue.

Pendant longtemps, La Goulette porta un surnom qui résume à lui seul toute cette aventure : la Petite Sicile.

Ce nom n’était ni une image poétique ni une simple curiosité folklorique. Il traduisait une réalité démographique, économique et humaine exceptionnelle. À la veille du XXᵉ siècle, la Tunisie comptait la plus importante communauté italienne d’Afrique du Nord. Les Italiens étaient même plus nombreux que les Français, alors que le pays vivait sous protectorat français depuis 1881. À La Goulette, leur présence était si forte que l’on pouvait traverser des quartiers entiers sans entendre une autre langue que le sicilien.

Mais pour comprendre cette histoire, il faut regarder au-delà des chiffres.

Il faut revenir vers cette Sicile du XIXᵉ siècle où la terre nourrissait difficilement ses habitants. L’unification italienne, achevée en 1861, avait fait naître une nation, mais elle n’avait pas effacé les profondes inégalités qui opposaient le nord industriel au Mezzogiorno agricole. En Sicile, les grands domaines concentraient les richesses tandis que les paysans vivaient dans une extrême précarité. Les récoltes insuffisantes, les crises agricoles, les maladies de la vigne, la croissance démographique et l’absence de perspectives poussaient chaque année des milliers de familles vers l’exil.

Pour ces hommes et ces femmes, la Tunisie n’était pas un pays étranger.

Elle était presque une voisine.

Par temps clair, les pêcheurs de Pantelleria évoquaient les côtes africaines comme d’autres parlent du village voisin. Depuis l’Antiquité, les routes maritimes reliaient Carthage, la Sicile, Malte et les ports italiens. Phéniciens, Romains, Byzantins, Arabes, Normands, Génois, Vénitiens, Espagnols et Ottomans avaient parcouru cette mer bien avant eux. La Méditerranée n’était pas une limite : elle était un espace commun, une immense place publique où circulaient les marchandises, les idées, les croyances et les hommes.

Les Italiens qui débarquaient à La Goulette n’arrivaient donc pas dans un monde inconnu. Ils retrouvaient un climat, une lumière, une alimentation, une manière de vivre profondément méditerranéenne. Ils apportaient leurs dialectes, leurs chants, leurs saints protecteurs, leurs techniques de pêche, leur savoir-faire artisanal et leurs traditions familiales. En retour, ils adoptaient des mots arabes, découvraient les coutumes tunisiennes, partageaient les fêtes populaires et apprenaient à vivre au rythme d’une société où plusieurs civilisations cohabitaient depuis des siècles.

Le traité de 1868 entre le Bey de Tunis et le royaume d’Italie facilita cette installation. Les ressortissants italiens bénéficièrent d’une protection juridique qui encouragea une immigration massive. En quelques décennies, des dizaines de milliers de Siciliens, de Sardes, de Calabrais, de Napolitains et de Pantelleriens franchirent les quelques heures de navigation séparant les deux rives.

Ils ne venaient pas conquérir un territoire.

Ils venaient conquérir leur avenir.

Les quais de La Goulette devinrent leur premier horizon. Beaucoup étaient pêcheurs. D’autres étaient maçons, tailleurs de pierre, forgerons, menuisiers, charpentiers, boulangers ou dockers. Ils bâtirent des maisons, des entrepôts, des ateliers, des écoles et des commerces. Ils participèrent à la construction des infrastructures portuaires, des voies ferrées et des quartiers modernes de Tunis. Leur contribution fut déterminante dans l’essor économique de la Régence, puis du protectorat.

Très vite, cette communauté développa un tissu social remarquable. Des journaux italiens furent publiés. Des écoles ouvrirent leurs portes. Des théâtres, des sociétés musicales, des associations sportives, des banques, des mutuelles ouvrières et des chambres de commerce structurèrent cette diaspora. La Goulette devint une véritable cité italienne… tout en restant profondément tunisienne.

Car c’est là que réside sans doute le plus grand enseignement de cette histoire.

Contrairement aux caricatures que l’on projette parfois sur les sociétés du passé, La Goulette n’était pas une juxtaposition de communautés enfermées dans leurs quartiers. C’était un espace de circulation permanente. Les Italiens fréquentaient les marchés tunisiens. Les artisans musulmans travaillaient avec leurs voisins catholiques. Les Juifs tunisiens commerçaient avec les familles siciliennes. Les Maltais, les Grecs, les Corses, les Français et les Levantins participaient eux aussi à cette étonnante mosaïque humaine.

Dans les rues, on entendait plusieurs langues au cours d’une même conversation. Les recettes culinaires voyageaient d’une famille à l’autre. Les enfants jouaient ensemble avant même de connaître les frontières politiques que les adultes avaient dessinées.

Cette coexistence n’effaçait pas les différences.

Elle les transformait en richesse.

La Goulette démontrait qu’une identité forte n’empêche pas l’ouverture. Les Siciliens restaient profondément italiens. Les Tunisiens demeuraient profondément tunisiens. Pourtant, une culture commune naissait lentement, faite de respect mutuel, d’habitudes partagées et d’une confiance forgée par le travail quotidien.

Cette expérience historique prend aujourd’hui une résonance particulière.

À une époque où la Méditerranée est trop souvent présentée comme une ligne de fracture entre le Nord et le Sud, entre l’Europe et l’Afrique, entre les cultures et les religions, l’histoire de La Goulette rappelle une vérité essentielle : cette mer fut d’abord un espace de circulation.

Depuis plus de trois mille ans, elle relie davantage qu’elle ne sépare.

Les Phéniciens y transportaient leurs marchandises. Les Grecs y fondaient des colonies. Rome en fit son Mare Nostrum. Les savants arabes y diffusèrent les connaissances antiques. Les marchands italiens y développèrent les échanges commerciaux. Les navigateurs de toutes origines y dessinèrent une civilisation commune dont nous sommes encore les héritiers.

L’histoire des Italiens de La Goulette s’inscrit dans cette longue continuité.

Elle nous rappelle qu’une migration n’est jamais seulement un déplacement de population. Elle est un transfert de connaissances, de techniques, de traditions, de cuisines, de musiques, d’architectures, de langues et d’espérances. Elle transforme autant le pays d’accueil que ceux qui arrivent.

Après la Seconde Guerre mondiale, puis avec l’indépendance de la Tunisie en 1956, cette page d’histoire commença progressivement à se refermer. Des milliers d’Italo-Tunisiens repartirent vers l’Italie ou la France, souvent avec le sentiment paradoxal d’abandonner leur véritable patrie. Car leur pays n’était plus seulement celui de leurs ancêtres ; il était aussi cette Tunisie où plusieurs générations étaient nées, avaient travaillé, aimé et fondé des familles.

Aujourd’hui, il reste peu de témoins directs de cette époque. Pourtant, leur mémoire demeure inscrite dans les pierres de La Goulette, dans certaines traditions culinaires, dans les patronymes, dans les archives familiales et dans les souvenirs transmis de génération en génération.

Préserver cette mémoire n’est pas un simple devoir envers le passé.

C’est peut-être une nécessité pour l’avenir.

À l’heure où les crispations identitaires fragilisent nos sociétés, où les migrations alimentent les peurs et les incompréhensions, La Goulette nous rappelle qu’il existe une autre manière d’écrire l’Histoire : celle où les peuples ne se définissent pas par ce qui les oppose, mais par ce qu’ils construisent ensemble.

La « Petite Sicile » n’est donc pas seulement un souvenir de la présence italienne en Tunisie. Elle est le témoignage vivant d’une Méditerranée fidèle à sa vocation première : être le cœur battant des échanges entre les civilisations.

Et peut-être est-ce là la plus belle leçon que nous lègue cette ville. Les peuples passent, les empires disparaissent, les frontières changent. Mais les rencontres humaines, elles, demeurent. Elles sont la véritable architecture de l’Histoire.

Georges Orazio Spido,
Président de l’Alliance Italienne Universelle

🇮🇹 L’identité italienne vit aussi grâce à toi.
👉 Adhère à l’Alliance italienne universelle

La Goletta, ovvero quando il Mediterraneo aveva due rive ma un solo cuore

Esistono luoghi in cui la Storia sembra aver scelto di concentrare tutta la ricchezza del destino umano. La Goletta è uno di questi. Modesto porto situato a pochi chilometri da Tunisi, fu tuttavia, per quasi un secolo, uno dei più affascinanti laboratori del Mediterraneo moderno. Ben prima che gli storici parlassero di globalizzazione, di integrazione culturale o di società multiculturali, questa piccola città portuale dimostrava già che i popoli possono costruire insieme senza rinunciare alla propria identità.

Ancora oggi, i passanti che costeggiano il vecchio porto o percorrono le viuzze della Goletta percepiscono qualcosa di indefinibile. Le facciate, i balconi in ferro battuto, le antiche case dei pescatori, i caffè aperti sul mare, gli odori mescolati di pesce, olio d’oliva e gelsomino sembrano raccontare una storia silenziosa. Quella di una città che, per diverse generazioni, fece del Mediterraneo non una frontiera, ma un viale.

Per molto tempo, La Goletta portò un soprannome che riassume da solo tutta questa avventura: la Piccola Sicilia.

Questo nome non era né un’immagine poetica né una semplice curiosità folkloristica. Traduceva una realtà demografica, economica e umana eccezionale. Alla vigilia del XX secolo, la Tunisia contava la più importante comunità italiana dell’Africa del Nord. Gli Italiani erano persino più numerosi dei Francesi, sebbene il Paese vivesse sotto protettorato francese dal 1881. Alla Goletta, la loro presenza era così forte che si potevano attraversare interi quartieri senza udire altra lingua che il siciliano.

Ma per comprendere questa storia, bisogna guardare oltre le cifre.

Bisogna tornare a quella Sicilia del XIX secolo in cui la terra nutriva con difficoltà i suoi abitanti. L’unificazione italiana, compiuta nel 1861, aveva fatto nascere una nazione, ma non aveva cancellato le profonde disuguaglianze che contrapponevano il Nord industriale al Mezzogiorno agricolo. In Sicilia, i latifondi concentravano le ricchezze mentre i contadini vivevano in estrema precarietà. I raccolti insufficienti, le crisi agricole, le malattie della vite, la crescita demografica e l’assenza di prospettive spingevano ogni anno migliaia di famiglie verso l’esilio.

Per questi uomini e queste donne, la Tunisia non era un Paese straniero.

Era quasi una vicina.

Nelle giornate limpide, i pescatori di Pantelleria evocavano le coste africane come altri parlano del villaggio vicino. Fin dall’Antichità, le rotte marittime collegavano Cartagine, la Sicilia, Malta e i porti italiani. Fenici, Romani, Bizantini, Arabi, Normanni, Genovesi, Veneziani, Spagnoli e Ottomani avevano percorso quel mare molto prima di loro. Il Mediterraneo non era un limite: era uno spazio comune, un’immensa piazza pubblica in cui circolavano merci, idee, credenze e uomini.

Gli Italiani che sbarcavano alla Goletta non arrivavano dunque in un mondo sconosciuto. Ritrovavano un clima, una luce, un’alimentazione, un modo di vivere profondamente mediterraneo. Portavano con sé i loro dialetti, i loro canti, i loro santi protettori, le loro tecniche di pesca, il loro saper fare artigianale e le loro tradizioni familiari. In cambio, adottavano parole arabe, scoprivano i costumi tunisini, condividevano le feste popolari e imparavano a vivere al ritmo di una società in cui più civiltà convivevano da secoli.

Il trattato del 1868 tra il Bey di Tunisi e il Regno d’Italia facilitò questo insediamento. I cittadini italiani beneficiarono di una protezione giuridica che incoraggiò un’immigrazione massiccia. In pochi decenni, decine di migliaia di Siciliani, Sardi, Calabresi, Napoletani e Pantelleriani attraversarono le poche ore di navigazione che separavano le due rive.

Non venivano a conquistare un territorio.

Venivano a conquistare il proprio avvenire.

I moli della Goletta divennero il loro primo orizzonte. Molti erano pescatori. Altri erano muratori, scalpellini, fabbri, falegnami, carpentieri, panettieri o scaricatori di porto. Costruirono case, magazzini, officine, scuole e negozi. Parteciparono alla costruzione delle infrastrutture portuali, delle ferrovie e dei quartieri moderni di Tunisi. Il loro contributo fu determinante nello sviluppo economico della Reggenza, poi del protettorato.

Molto rapidamente, questa comunità sviluppò un tessuto sociale notevole. Furono pubblicati giornali italiani. Aprirono scuole. Teatri, società musicali, associazioni sportive, banche, mutue operaie e camere di commercio strutturarono questa diaspora. La Goletta divenne una vera città italiana… pur restando profondamente tunisina.

Ed è qui che risiede forse il più grande insegnamento di questa storia.

Contrariamente alle caricature che talvolta si proiettano sulle società del passato, La Goletta non era una giustapposizione di comunità chiuse nei propri quartieri. Era uno spazio di circolazione permanente. Gli Italiani frequentavano i mercati tunisini. Gli artigiani musulmani lavoravano con i loro vicini cattolici. Gli Ebrei tunisini commerciavano con le famiglie siciliane. Anche Maltesi, Greci, Corsi, Francesi e Levantini partecipavano a questo sorprendente mosaico umano.

Nelle strade, si udivano più lingue nel corso di una stessa conversazione. Le ricette culinarie viaggiavano da una famiglia all’altra. I bambini giocavano insieme prima ancora di conoscere le frontiere politiche che gli adulti avevano tracciato.

Questa convivenza non cancellava le differenze.

Le trasformava in ricchezza.

La Goletta dimostrava che un’identità forte non impedisce l’apertura. I Siciliani restavano profondamente italiani. I Tunisini rimanevano profondamente tunisini. Eppure, una cultura comune nasceva lentamente, fatta di rispetto reciproco, di abitudini condivise e di una fiducia forgiata dal lavoro quotidiano.

Questa esperienza storica assume oggi una risonanza particolare.

In un’epoca in cui il Mediterraneo viene troppo spesso presentato come una linea di frattura tra il Nord e il Sud, tra l’Europa e l’Africa, tra le culture e le religioni, la storia della Goletta ricorda una verità essenziale: questo mare fu innanzitutto uno spazio di circolazione.

Da più di tremila anni, esso unisce più di quanto separi.

I Fenici vi trasportavano le loro merci. I Greci vi fondavano colonie. Roma ne fece il suo Mare Nostrum. Gli studiosi arabi vi diffusero le conoscenze antiche. I mercanti italiani vi svilupparono gli scambi commerciali. I navigatori di ogni origine vi disegnarono una civiltà comune di cui siamo ancora eredi.

La storia degli Italiani della Goletta si inscrive in questa lunga continuità.

Ci ricorda che una migrazione non è mai soltanto uno spostamento di popolazione. È un trasferimento di conoscenze, di tecniche, di tradizioni, di cucine, di musiche, di architetture, di lingue e di speranze. Trasforma tanto il Paese d’accoglienza quanto coloro che vi arrivano.

Dopo la Seconda guerra mondiale, poi con l’indipendenza della Tunisia nel 1956, questa pagina di storia cominciò progressivamente a chiudersi. Migliaia di Italo-tunisini ripartirono verso l’Italia o la Francia, spesso con il sentimento paradossale di abbandonare la loro vera patria. Perché il loro Paese non era più soltanto quello dei loro antenati; era anche quella Tunisia in cui più generazioni erano nate, avevano lavorato, amato e fondato famiglie.

Oggi restano pochi testimoni diretti di quell’epoca. Eppure, la loro memoria rimane inscritta nelle pietre della Goletta, in alcune tradizioni culinarie, nei cognomi, negli archivi familiari e nei ricordi trasmessi di generazione in generazione.

Preservare questa memoria non è un semplice dovere verso il passato.

È forse una necessità per il futuro.

Nel momento in cui le tensioni identitarie fragilizzano le nostre società, in cui le migrazioni alimentano paure e incomprensioni, La Goletta ci ricorda che esiste un altro modo di scrivere la Storia: quello in cui i popoli non si definiscono per ciò che li oppone, ma per ciò che costruiscono insieme.

La “Piccola Sicilia” non è dunque soltanto un ricordo della presenza italiana in Tunisia. È la testimonianza viva di un Mediterraneo fedele alla sua vocazione originaria: essere il cuore pulsante degli scambi tra le civiltà.

E forse è questa la lezione più bella che ci lascia questa città. I popoli passano, gli imperi scompaiono, le frontiere cambiano. Ma gli incontri umani, quelli, rimangono. Sono la vera architettura della Storia.

Georges Orazio Spido
Presidente dell’Alleanza Italiana Universale

🇮🇹 L’identità italiana vive anche grazie a te.
👉 Aderisci all’Alleanza Italiana Universale

La Goulette, or When the Mediterranean Had Two Shores but One Heart

There are places where History seems to have chosen to concentrate all the richness of human destiny. La Goulette is one of them. A modest port located a few kilometers from Tunis, it was nevertheless, for nearly a century, one of the most fascinating laboratories of the modern Mediterranean. Long before historians spoke of globalization, cultural integration, or multicultural societies, this small port city was already showing that peoples can build together without renouncing their identity.

Even today, those who walk along the old harbor or wander through the narrow streets of La Goulette sense something indefinable. The façades, the wrought-iron balconies, the old fishermen’s houses, the cafés opening onto the sea, the mingled scents of fish, olive oil, and jasmine all seem to tell a silent story. The story of a town that, for several generations, made the Mediterranean not a border, but an avenue.

For a long time, La Goulette bore a nickname that by itself sums up this entire adventure: Little Sicily.

This name was neither a poetic image nor a mere folkloric curiosity. It reflected an exceptional demographic, economic, and human reality. On the eve of the twentieth century, Tunisia had the largest Italian community in North Africa. Italians were even more numerous than the French, although the country had been under French protectorate since 1881. In La Goulette, their presence was so strong that one could cross entire neighborhoods without hearing any language other than Sicilian.

But to understand this history, one must look beyond the figures.

One must return to nineteenth-century Sicily, where the land struggled to feed its people. Italian unification, completed in 1861, had given birth to a nation, but it had not erased the deep inequalities between the industrial North and the agricultural Mezzogiorno. In Sicily, large estates concentrated wealth while peasants lived in extreme precarity. Insufficient harvests, agricultural crises, vine diseases, population growth, and the absence of prospects pushed thousands of families into exile each year.

For these men and women, Tunisia was not a foreign country.

It was almost a neighbor.

On clear days, the fishermen of Pantelleria spoke of the African coast as others speak of the next village. Since Antiquity, maritime routes had connected Carthage, Sicily, Malta, and the Italian ports. Phoenicians, Romans, Byzantines, Arabs, Normans, Genoese, Venetians, Spaniards, and Ottomans had crossed this sea long before them. The Mediterranean was not a limit: it was a shared space, an immense public square through which goods, ideas, beliefs, and people circulated.

The Italians who landed in La Goulette were therefore not arriving in an unknown world. They found again a climate, a light, a way of eating, and a way of life that were profoundly Mediterranean. They brought with them their dialects, their songs, their patron saints, their fishing techniques, their artisanal skills, and their family traditions. In return, they adopted Arabic words, discovered Tunisian customs, shared popular festivals, and learned to live to the rhythm of a society in which several civilizations had coexisted for centuries.

The 1868 treaty between the Bey of Tunis and the Kingdom of Italy facilitated this settlement. Italian nationals benefited from legal protection that encouraged massive immigration. In just a few decades, tens of thousands of Sicilians, Sardinians, Calabrians, Neapolitans, and Pantellerians crossed the few hours of sea separating the two shores.

They did not come to conquer a territory.

They came to conquer their future.

The docks of La Goulette became their first horizon. Many were fishermen. Others were masons, stonecutters, blacksmiths, carpenters, joiners, bakers, or dockworkers. They built houses, warehouses, workshops, schools, and shops. They contributed to the construction of port infrastructure, railways, and the modern districts of Tunis. Their contribution was decisive in the economic development of the Regency, and later of the protectorate.

Very quickly, this community developed a remarkable social fabric. Italian newspapers were published. Schools opened their doors. Theaters, musical societies, sports associations, banks, workers’ mutual aid societies, and chambers of commerce structured this diaspora. La Goulette became a truly Italian city… while remaining profoundly Tunisian.

And this is perhaps where the greatest lesson of this history lies.

Contrary to the caricatures sometimes projected onto past societies, La Goulette was not a juxtaposition of communities locked within their own neighborhoods. It was a space of constant circulation. Italians frequented Tunisian markets. Muslim artisans worked with their Catholic neighbors. Tunisian Jews traded with Sicilian families. Maltese, Greeks, Corsicans, French, and Levantines also took part in this astonishing human mosaic.

In the streets, several languages could be heard in the course of a single conversation. Culinary recipes traveled from one family to another. Children played together before they even knew the political borders adults had drawn.

This coexistence did not erase differences.

It transformed them into richness.

La Goulette showed that a strong identity does not prevent openness. Sicilians remained deeply Italian. Tunisians remained deeply Tunisian. And yet, a common culture was slowly being born, made of mutual respect, shared habits, and a trust forged by daily work.

This historical experience carries a particular resonance today.

At a time when the Mediterranean is too often presented as a line of fracture between North and South, between Europe and Africa, between cultures and religions, the history of La Goulette recalls an essential truth: this sea was first and foremost a space of circulation.

For more than three thousand years, it has connected more than it has separated.

The Phoenicians carried their goods across it. The Greeks founded colonies there. Rome made it its Mare Nostrum. Arab scholars spread ancient knowledge through it. Italian merchants developed commercial exchanges across it. Navigators of every origin traced upon it a shared civilization of which we are still the heirs.

The history of the Italians of La Goulette belongs to this long continuity.

It reminds us that migration is never merely a movement of population. It is a transfer of knowledge, techniques, traditions, cuisines, music, architectures, languages, and hopes. It transforms both the host country and those who arrive there.

After the Second World War, and then with Tunisia’s independence in 1956, this chapter of history gradually began to close. Thousands of Italo-Tunisians left again for Italy or France, often with the paradoxical feeling that they were abandoning their true homeland. For their country was no longer only that of their ancestors; it was also this Tunisia where several generations had been born, had worked, loved, and founded families.

Today, few direct witnesses of that era remain. And yet their memory remains inscribed in the stones of La Goulette, in certain culinary traditions, in family names, in family archives, and in memories passed down from generation to generation.

Preserving this memory is not merely a duty toward the past.

It may be a necessity for the future.

At a time when identity tensions are weakening our societies, when migrations fuel fears and misunderstandings, La Goulette reminds us that there is another way to write History: one in which peoples do not define themselves by what sets them against one another, but by what they build together.

“Little Sicily” is therefore not merely a memory of the Italian presence in Tunisia. It is the living testimony of a Mediterranean faithful to its original vocation: to be the beating heart of exchanges between civilizations.

And perhaps this is the most beautiful lesson this city leaves us. Peoples pass, empires disappear, borders change. But human encounters remain. They are the true architecture of History.

Georges Orazio Spido,
President of the Universal Italian Alliance

🇮🇹 Italian identity lives on thanks to you.
👉 Join the Italian Universal Alliance